Plus de deux ans après la réforme du service public de l’emploi, le bilan de la fusion à l’origine de la création de Pôle Emploi, est catastrophique. Les récents rapports de l’IGF et du Conseil
économique et social et environnemental, la mission d’enquête du Sénat font un constat accablant de la conduite et des conséquences de la fusion pour les demandeurs d’emploi et les salariés.
Ces analyses ne surprennent pas la CFDT dont l’étude « malaise des deux cotés du guichet » mettait en évidence les problématiques soulevées par tous ces rapports. En interne, nous
avions largement dénoncé les choix déplorables de la Direction générale. La structuration interne, la centralisation bureaucratique, les aberrations managériales ont conduit à la situation
désastreuse décrite par les rapports, situation subie par les salariés de Pôle emploi et les demandeurs d’emploi.
Tous les syndicats ont alerté sur les dégâts produits par ce monstre d’inefficacité. Mais c’est une Direction générale technocrate (1), se considérant être à « la tête de l’emploi » au dessus de tous pouvoirs qui a persévéré, dans un déni total, à défendre ses points de vue à des fins personnels et
« carriéristes » (c/f article de la tribune du 15 juin 2011) contre vents et marée.
Les demandeurs d’emploi et les salariés de Pôle emploi vivent, depuis maintenant 2 ans, dans le chaos, l’appauvrissement des compétences et une dégradation de la qualité de service sans
précédent.
La crise - alibi si facilement brandi par la Direction générale de Pôle emploi- n’est pas responsable de la bureaucratie, de la mauvaise allocation des ressources humaines, de la négation des
compétences, de l’absence de vision stratégique, du gâchis budgétaire et du manque d’effectif opérationnel. La crise n’est pas responsable des erreurs de gestion, de l’entêtement et de
l’arrogance d’une hiérarchie aveuglée par son propre pouvoir. Ce n’est pas la crise qui a condamné la réforme du service public de l’emploi, cœur de la campagne de Nicolas Sarkozy, à être un
ratage, ce sont les responsables de Pôle emploi et il est temps qu’ils rendent des comptes.
Il est inacceptable de se contenter d’un « tous coupables, mais personne responsable ». L’exercice d’une responsabilité au plus haut niveau
de la hiérarchie d’une entreprise suppose que le niveau de salaire trouve son pendant dans le fait d’assumer ces responsabilités et toutes les conséquences qu’elles entraînent en cas de
défaillance.
Dans un environnement à ce point dégradé, de grands changements devront être apportés par la future direction générale. La CFDT défend un projet qui
a du sens pour les demandeurs d’emploi et les salariés de Pôle Emploi, elle se battra jusqu’au bout pour le faire aboutir
Les recommandations du CESE adoptées le 15 juin 2011 et visant Pôle
emploi :
§ Assurer un développement harmonieux des différents canaux d’accès
§ Garantir une réelle personnalisation du service rendu
§ Renforcer la différenciation des parcours d’accompagnement
§ Développer l’activité de prospection et de suivi des offres d’emploi
§ Amplifier l’aide au recrutement notamment en direction des PME/TPE
§ Améliorer la procédure et le service d’indemnisation
§ Mieux répondre aux préoccupations des usagers
§ Développer l’offre de service en matière de formation
§ Faciliter la mobilisation des droits individuels
§ Mobiliser davantage le recours aux contrats aidés et en alternance
§ Poursuivre la structuration du réseau sur la base du schéma cible
§ Renforcer la coopération avec les autres acteurs du SPE
§ Mieux prendre en compte les risques psychosociaux des agents
§ Engager une réflexion sur l’évolution des métiers
Les recommandations du CESE aux pouvoirs publics
§ Intensifier l’effort de formation
§ Sanctuariser les crédits d’intervention en faveur des demandeurs d’emploi
§ Construire un portail d’information sur l’offre de formation disponible
§ Mieux articuler activités réduites, chômage partiel et formation
§ Accroître les moyens de Pôle emploi
§ Rénover la gouvernance de Pôle emploi
§ Repenser la gouvernance régionale
§ Revoir les indicateurs de performance de la convention tripartite
A quelques mois de la renégociation de la convention tripartite, il est à espérer que le constat partagé de la grave dégradation du service rendu par Pôle emploi, permettra une reprise en main
ferme des décideurs que sont les partenaires sociaux et l’Etat assortie d’une politique d’exigence et de contrôle des résultats.
L’utilisation des moyens nécessaires à la réussite de cette fusion doit être à la hauteur des enjeux d’une politique de l’emploi réaliste, efficace menée avec les partenaires sociaux dans le
cadre d’une gouvernance renouvelée, équilibrée et équitable.
Déclaration de Laurent Berger, secrétaire national
« Pôle emploi, l’avis du Conseil économique, social et environnemental rejoint celui de la CFDT
Le Conseil économique, social et environnemental (CESE) vient de publier un avis sur Pôle emploi. La CFDT, qui
s’inquiète depuis plusieurs mois de la situation de Pôle emploi, considère que ce rapport constitue une très bonne contribution au débat.
Le bilan que dresse le CESE de la réforme du service public reprend nombre de points soulevés depuis plusieurs mois par
la CFDT.
Qu’il s’agisse de la précipitation de la fusion, de l’insuffisance d’accompagnement individualisé ou de la gouvernance
et du désengagement de l’État, la CFDT se retrouve dans cette description.
L’objectif de la CFDT est de faire de Pôle emploi un outil performant pour un retour de nos concitoyens au
chômage vers un emploi durable. Elle soutient particulièrement les recommandations du CESE concernant :
§ la garantie réelle d’une personnalisation du
service ;
§ le
renforcement de la différenciation des parcours d’accompagnement des demandeurs d’emploi ;
§ l’amélioration de la procédure et du service de l’indemnisation ;
§ la
plus grande prise en compte des préoccupations des usagers ;
§ l’accroissement des moyens de Pôle emploi ;
§ la
rénovation de la gouvernance de Pôle emploi.
Pour la CFDT, ces recommandations sont de nature à aider l’Etat, l’Unedic et Pôle emploi à élaborer la nouvelle
convention triennale pour avancer ensemble vers la consolidation d’un service public de l’emploi au service des chômeurs dans leur recherche d’un emploi durable et de
qualité ».